Un Pur Esprit S’Accroît Sous L’Écorce Des Pierres ( 2021 - 2022)

A Pure Spirit Grows Beneath The Bark Of Stones

Un Pur Esprit S’accroît Sous L’écorce Des Pierres présente des travaux photographiques résultant de mes recherches au New York State Museum à Albany, dans l’État de New York. L’exploration détaillée au sein de la Collection de Paléobotanique a permis à Amélie Labourdette la saisie photographique de vestiges fossiles des plus anciennes forêts sur Terre trouvés à Gilboa et à Cairo datant du Dévonien Moyen (385 millions d’années). Conjointement à cette exploration dans les réserves du muséum, sa recherche s’est enrichie d’un travail photographique réalisé au cœur de plusieurs forêts contemporaines en France et aux États-Unis.

A Pure Spirit Grows Beneath the Bark of Stones presents photographic works resulting from my research at the New York State Museum in Albany, New York State. Detailed exploration within the Paleobotany Collection enabled Amélie Labourdette to carry out the photographic capture of fossil remains from the oldest forests on Earth, found in Gilboa and Cairo and dating from the Middle Devonian (385 million years ago). In conjunction with this exploration within the museum’s reserves, her research was further enriched by photographic work conducted at the heart of several contemporary forests in France and the United States.

Vue d’installation de NEO–ANALOG – Expanded Photography in the Post-Digital Era, exposition collective commissariée par Michel Poivert, présentée dans le cadre de la Triennale de l’image de Guangzhou 2025 – Ecology of Sensitivity. Dix tirages grand format en piézographie issus de la série Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres sont présentés dans l’espace camera obscura de l’exposition. Guangdong Museum of Art – Bai’etan Greater Bay Area Art Center, Guangzhou, Chine. 19 décembre 2025 – 5 mai 2026.

Installation view of NEO–ANALOG – Expanded Photography in the Post-Digital Era, a group exhibition curated by Michel Poivert, presented within the Guangzhou Image Triennial 2025 – Ecology of Sensitivity. Ten large-format Piezography prints from the series A Pure Spirit Grows Beneath the Bark of Stones are displayed in the exhibition’s camera obscura space. Guangdong Museum of Art – Bai’etan Greater Bay Area Art Center, Guangzhou, China. 19 December 2025 – 5 May 2026.

Tirages réalisés en piézographie sur papier japonais, procédé d’impression utilisant des encres composées de pigments de noir de charbon, en collaboration avec l’Atelier Boba. Encadrements réalisés par l’Atelier Image Collée.

Prints produced in Piezography on Japanese paper, a printing process using inks composed of carbon black pigments, in collaboration with Atelier Boba. Framing by Atelier Image Collée.

Vestiges fossiles de la plus ancienne forêt sur Terre trouvés à Gilboa et à Cairo dans l'État de New York, datant du Dévonien moyen, soit 385 millions d'années. Collection de paléobotanique, New York State Museum, à Albany, État de New York.

Fossil remains of the oldest forest on Earth found in Gilboa and Cairo in New York State, dating from the Middle Devonian period, 385 million years. Paleobotany Collection, New York State Museum, in Albany, New York State

Photographies réalisées dans diverses forêts contemporaines en France et aux États-Unis ( État de New-York).

Photogarphies carried out in various contemporary forests in France, and the United States ( State of New-York).

TEXTE FRANÇAIS

Un Pur Esprit S’accroît Sous L’écorce Des Pierres 1 présente des travaux photographiques résultant des recherches d’Amélie Labourdette au New York State Museum à Albany, dans l’État de New York. L’exploration détaillée au sein de la Collection de Paléobotanique lui a permis la saisie photographique de vestiges fossiles des plus anciennes forêts sur Terre trouvés à Gilboa et à Cairo datant du Dévonien Moyen (385 millions d’années). Conjointement à cette exploration dans les réserves du muséum, sa recherche s’est enrichie d’un travail photographique réalisé au cœur de plusieurs forêts contemporaines en France et aux États-Unis.

Cette série s’articule autour de la mise en écho de deux corpus d’images, chacune étant la matérialisation photographique d’une temporalité plus qu’humaine – l’une témoignant de la mémoire ancestrale de la forêt originelle, l’autre révélant le spectre vibrant de forêts contemporaines – chacune se réverbérant dans l’autre. Elle cherche à faire reconnaître un esprit agissant dans chaque strate de la nature –  ici végétale et minérale – qui relativise toute supériorité ontologique de l’humanité. Et elle s’inscrit dans le sillon des recherches actuelles concernant la Jurisprudence de la Terre pour laquelle il est question d’étendre le politique au niveau du Cosmos-Politique, de prendre en compte les non-humains comme Sujets de droits au sein des sphères politiques et juridiques dans un “parlement élargi”.

Le premier corpus dévoile l’empreinte de la mémoire végétale de la plus ancienne forêt sur Terre datant du Dévonien Moyen, transmuée du végétal au minéral au sein de fragments fossilifères trouvés dans les Catskills. D’après l’Hypothèse des Plantes du Dévonien développée en Paléobotanique, le processus d’afforestation de la Terre par ces premiers écosystèmes forestiers, eu des conséquences considérables sur la dynamique du système terrestre, incluant la transformation de la géomorphologie des sols, l’évolution de l’atmosphère et du climat et l’expansion connexe de la biodiversité terrestre. Tel des revenants, les spectres minéralisés et charbonneux des forêts primordiales émergent des tréfonds du passé et reviennent aujourd’hui nous hanter pour nous rappeler que le monde au sein duquel nous vivons, nous humains, n’aurait pu exister sans leurs présence. Le second corpus se fait l’incarnation d’une vibration fossile, survivance d’un “esprit ancestral“ qui se manifeste au cœur des forêts du présent. Matérialiser la vibration de cette mémoire végétale originelle est consubstantielle à l’expérience de cette “chair du monde“2, vécue au sein de différentes forêts : une expérience reliant corps et esprit, sensibilité aux fréquences vibratoires des lieux et visions – l’œil intérieur – ouverte au tangible et à l’intangible.

Les arbres sont actifs sur le plan électromagnétique, émettant et recevant des signaux. Ils peuvent agir comme des antennes. Ils captent, absorbent et émettent des fréquences électromagnétiques ultra-basses comprises entre 4 et 7 Hertz. La Terre elle-même possède une fréquence vibratoire mesurable, connue sous le nom de résonance de Schumann, dont la fréquence fondamentale est de 7,83 Hz. Les chercheurs ont constaté que les pulsations électromagnétiques des arbres se synchronisent avec les pulsations géomagnétiques du noyau terrestre et sont en corrélation avec les ondes cérébrales humaines. En présence d’arbres, comme dans les forêts, les ondes cérébrales humaines se synchronisent avec la fréquence de 7,83 Hz, produisant un état de conscience modifié, un état méditatif ou créatif (correspondant aux ondes cérébrales thêta et alpha). Amélie Labourdette pense avoir saisi intuitivement cette fréquence vibratoire originelle, à la fois dans ses tripes et au plus profond de son esprit (vision intérieure). Ce sont ces fréquences que elle a essayé de traduire de manière sensible et visuelle dans ce travail photographique.

Le procédé d’impression en Piézographie sur papier Japon dont les encres sont composées de pigments noir de charbon, donne à la matière photographique une présence à la fois dense et irradiante. Ces tirages évoquent les expériences des pionniers de la photographie qui pour certains tentèrent d’enregistrer des “apparitions spectrales“. Dans le miroitement irisé et la densité des encres charbonneuses des tirages surgit la vibration d’une mémoire archaïque végétale. Le charbon n’est-il pas le résultat de la décomposition partielle de la matière organique des forêts primordiales, une transformation alchimique qui prend des millions d’années pour passer du végétal au minéral ? La matérialité même de ces tirages réalisés avec le corps mort transmuté de ces forêts originelles, garde enclos leur spectre mémoriel.

Un Pur Esprit S’accroît Sous L’écorce Des Pierres est alors pensé comme le corps mémoriel et vibrant – en couches subtiles entrelacées – de la forêt.

1 Vers de Gérard de Nerval extrait du poème, Vers dorés.

2 Le Visible et l’invisible / Maurice Merleau-Ponty, publié par Cl. Lefort, Gallimard, 1964

ENGLISH TEXT

A Pure Spirit Grows Beneath the Bark of Stones¹ presents photographic works resulting from Amélie Labourdette’s research at the New York State Museum in Albany, New York. Her detailed exploration within the Paleobotany Collection enabled the photographic capture of fossil remains from the oldest forests on Earth, found in Gilboa and Cairo and dating from the Middle Devonian (385 million years ago). In conjunction with this exploration of the museum’s reserves, her research was further enriched by photographic work carried out in the heart of several contemporary forests in France and the United States.

This series is structured around the resonance between two corpora of images, each constituting the photographic materialization of a more-than-human temporality – one bearing witness to the ancestral memory of the primordial forest, the other revealing the vibrating spectre of contemporary forests – each reverberating within the other. It seeks to acknowledge an acting spirit within every stratum of nature – here vegetal and mineral – that relativizes any ontological superiority of humanity. It also inscribes itself within the trajectory of current research concerning Earth Jurisprudence, which calls for extending the political to the level of the Cosmos-Political, and for recognizing non-humans as Subjects of rights within political and legal spheres in an “expanded parliament.”

The first corpus reveals the imprint of the vegetal memory of the oldest forest on Earth, dating from the Middle Devonian, transmuted from vegetal to mineral within fossiliferous fragments found in the Catskills. According to the Devonian Plant Hypothesis developed in paleobotany, the afforestation of the Earth by these first forest ecosystems had considerable consequences for the dynamics of the Earth system, including the transformation of soil geomorphology, the evolution of the atmosphere and climate, and the connected expansion of terrestrial biodiversity. Like revenants, the mineralized and carbonaceous spectres of primordial forests emerge from the depths of the past and return today to haunt us, reminding us that the world within which we humans live could not have existed without their presence. The second corpus becomes the embodiment of a fossil vibration, the survival of an “ancestral spirit” manifesting at the heart of present-day forests. To materialize the vibration of this original vegetal memory is consubstantial with the experience of this “Flesh of the world”², lived within different forests: an experience linking body and mind, sensitivity to the vibratory frequencies of places, and visions – the inner eye – open to the tangible and the intangible.

Trees are active on the electromagnetic plane, emitting and receiving signals. They can function as antennas. They capture, absorb, and emit ultra-low electromagnetic frequencies between 4 and 7 Hertz. The Earth itself possesses a measurable vibratory frequency, known as the Schumann resonance, whose fundamental frequency is 7.83 Hz. Researchers have observed that the electromagnetic pulsations of trees synchronize with the geomagnetic pulsations of the Earth’s core and correlate with human brain waves. In the presence of trees, as in forests, human brain waves synchronize with the 7.83 Hz frequency, producing an altered state of consciousness, a meditative or creative state corresponding to theta and alpha brain waves. Amélie Labourdette believes she intuitively grasped this original vibratory frequency, both viscerally and in the deepest recesses of her mind (inner vision). These are the frequencies she sought to translate in a sensitive and visual manner in this photographic work.

The Piezography printing process on Japanese paper, whose inks are composed of charcoal black pigments, confers upon the photographic material a presence that is both dense and radiant. These prints evoke the experiments of the pioneers of photography, some of whom attempted to record “spectral apparitions.” In the iridescent shimmer and density of the carbon-based inks of the prints, the vibration of an archaic vegetal memory emerges. Is not charcoal the result of the partial decomposition of the organic matter of primordial forests, an alchemical transformation that takes millions of years to pass from vegetal to mineral? The very materiality of these prints, produced with the transmuted dead body of those original forests, keeps enclosed their memorial spectre.

A Pure Spirit Grows Beneath the Bark of Stones is thus conceived as the memorial and vibrating body – in subtle, interwoven layers – of the forest.

¹ Line by Gérard de Nerval, from the poem Vers dorés.
² The Visible and the Invisible / Maurice Merleau-Ponty, published by Cl. Lefort, Gallimard, 1964.


EXPOSITION Un Pur Esprit S’accroît Sous L’écorce Des Pierres à la Galerie Michel Journiac

TEXTE FRANÇAIS

En poursuivant le désir de conférer une présence sensible aux entités des forêts primordiales de Gilboa et de Cairo, ainsi qu’aux entités multiples de nos forêts contemporaines, Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres cherche à leur donner « corps » mais également à les investir de « voix » et de « récits ». Dans cette visée, le projet porte une attention particulière à l’écriture de récits formulés à la première personne, dont les narrateurs sont précisément ces entités naturelles. 

Pour cela, j'associe la photographie à l'écriture et au son, et pour l'exposition Un Pur Esprit S’accroît Sous L’écorce Des Pierres à la Galerie Michel Journiac en novembre 2021, j'ai invité quatre autres artistes à collaborer.

Maïtéa Miquelajauregui présente au sein de l’exposition son projet sonore MOHO dont l’intention est de nous faire ressentir les activités sismiques de la Terre et qui constitue un écosystème sonore général au sein de l’exposition. Le projet MOHO propose selon Maïtéa Miquelajauregui, « d’appréhender notre planète comme un être vivant avec des rythmes qui pourraient s’apparenter à un rythme cardiaque. Cette planète dont nous faisons partie, vibre et vit. Ses vibrations dont la temporalité nous échappe, peuvent se percevoir sur certaines zones, pareils à des pouls dont le rythme peut changer suivant le territoire et son activité, souterraine. Pouvoir ressentir les activités sismiques de la terre, c’est créer une empathie avec notre planète, c’est la sentir, à travers un ensemble de vibration qui pénètre notre corps et ensemble vont s’apparier. »

Traducteurs des voix des forêts, les deux auteurs Elodie Issartel et Camille de Toledo, deviennent les intercesseurs de ces entités. 

« Nos élans sont les flèches de votre avenir » mis en poème par Elodie Issartel et mis en voix par Marie-Bénédicte Cazeneuve convie les spectres des forêts primordiales de Gilboa et Cairo, leur témoignage nous rappelant comment elles ont changé le visage de la Terre et comment le monde au sein duquel nous vivons, n’aurait pu exister sans leur présence. 

En outre, l’installation « Le discours des forêts européennes devant les Nations unies en 2025 » de Camille de Toledo déploie un récit, celui d’un « soulèvement légal de la Terre », en convoquant les voix des forêts contemporaines, leur donnant la possibilité de s’exprimer et de défendre leurs intérêts à travers un système de représentation inter-espèces..

Dans l’esprit du gesamtkunstwerk, l’exposition forme un écosystème de corps et de voix, elle s’inscrit dans le sillon des recherches actuelles concernant la Jurisprudence de la Terre pour laquelle il est question d'étendre le politique au niveau du Cosmos-Politique, de prendre en compte les non-humains comme Sujets de droits dans un « parlement élargi ».

EXHIBITION A Pure Spirit Grows Beneath the Bark of Stones at Galerie Michel Journiac

ENGLISH TEXT

In pursuing the desire to confer a sensitive presence upon the entities of the primordial forests of Gilboa and Cairo, as well as upon the multiple entities of our contemporary forests, A Pure Spirit Grows Beneath the Bark of Stones seeks to give them “body” but also to invest them with “voice” and “narratives.” Within this perspective, the project pays particular attention to the writing of first-person narratives whose narrators are precisely these natural entities.

To this end, I associate photography with writing and sound, and for the exhibition A Pure Spirit Grows Beneath the Bark of Stones at Galerie Michel Journiac in November 2021, I invited four other artists to collaborate.

Within the exhibition, Maïtéa Miquelajauregui presents her sound project MOHO, whose intention is to enable us to feel the seismic activities of the Earth and which constitutes a general sonic ecosystem throughout the exhibition. According to Maïtéa Miquelajauregui, the MOHO project proposes “to apprehend our planet as a living being with rhythms that could resemble a heartbeat. This planet, of which we are a part, vibrates and lives. Its vibrations, whose temporality escapes us, can be perceived in certain areas, like pulses whose rhythm can change according to the territory and its subterranean activity. To be able to feel the seismic activities of the Earth is to create empathy with our planet; it is to feel it through a set of vibrations that penetrate our body and together become paired.”

Translators of the voices of the forests, the two authors Elodie Issartel and Camille de Toledo become intercessors of these entities.

“Our impulses are the arrows of your future,” written as a poem by Elodie Issartel and voiced by Marie-Bénédicte Cazeneuve, summons the spectres of the primordial forests of Gilboa and Cairo, their testimony reminding us how they transformed the face of the Earth and how the world within which we live could not have existed without their presence.

Moreover, the installation “The Speech of European Forests before the United Nations in 2025” by Camille de Toledo unfolds a narrative, that of a “legal uprising of the Earth,” by summoning the voices of contemporary forests, granting them the possibility to speak and to defend their interests through an interspecies system of representation.

In the spirit of the gesamtkunstwerk, the exhibition forms an ecosystem of bodies and voices; it inscribes itself within the trajectory of current research concerning Earth Jurisprudence, which seeks to extend the political to the level of the Cosmos-Political, and to recognize non-humans as Subjects of rights within an “expanded parliament.”

Le poème d'Elodie Issartel "Nos élans sont les flèches de votre avenir" mis en voix par Marie-Bénédicte Cazeneuve , convie les voix des spectres des forêts primordiales de Gilboa et de Cairo. Écouter ci-dessous ( version française):

Elodie Issartel's poem "Nos élans sont les arèches de votre avenir", set to voice by Marie-Bénédicte Cazeneuve, summons the voices of the spectres of the primordial forests of Gilboa and Cairo. Listen below (French version):

Pour imaginer la voix des forêts du Dévonien, il ne s’agissait pas d’écrire un texte de vulgarisation scientifique sur cette période, ni de proposer une ekphrasis redondante des images que l’on verra à l’exposition. Ce qui a orienté le choix vers une forme poétique est la finalité sonore du texte mis en voix par la comédienne Marie-Bénédicte Cazeneuve, performé lors du vernissage puis écouté au casque par les visiteurs. Le poème semble évident pour porter la voix des arbres primitifs qui s’adressent à nous et se racontent. C’est Caïro, la plus ancienne forêt qui prend en charge ces voix et parle au nom des autres : Gilboa, les forêts contemporaines et les fossiles retrouvés sur les sites de l'État de New-York.

Cette voix sonne et nous interpelle, nous émeuve et nous informe à la fois sur son essence et l’importance de ce qu’elle incarne : une passerelle entre le proche et le très lointain, une ritournelle et une alerte, un accompagnement et une mise en garde.