KHTHṒN
Une Exposition de Maïtéa Miquelajauregui et Amélie Labourdette
du 14 au 29 septembre 2024 à la Galleria dei Cappuccini, Enna, Sicile
L'exposition KHTHṒN, propose un duo artistique réunissant Maïtéa Miquelajauregui et Amélie Labourdette à la Galleria dei Cappuccini à Enna, Sicile. Cette exposition s’inscrit dans le cadre des Vie dei Tesori, événement culturel majeur de la région. L'exposition se déroule dans les anciens magasins du couvent des Capucins, aujourd'hui réaménagés en espace culturel et musée immersif des confréries. Ces lieux chargés d'histoire offrent un cadre unique pour la rencontre des œuvres contemporaines de ces deux artistes françaises.
L'exposition explore la connexion profonde entre les forces naturelles et la création artistique. À travers les œuvres sonores de Maïtéa Miquelajauregui et les photographies d'Amélie Labourdette, le visiteur est plongé dans un univers où les vibrations invisibles de la Terre révèlent notre lien intime avec les énergies souterraines et ancestrales. Comme lors des anciens rituels paganistes, l'exposition KHTHṒN vise à élargir notre champ de conscience en brisant les frontières entre les mondes habituellement dissociés des entités naturelles et des humains, des mondes visibles et invisibles, de la science et de l’art. Les deux artistes adoptent une approche presque chamanique, en quête de l'immatériel et se positionnent comme des « passeuses de frontières » entre les forces chtoniennes et notre monde. L'exposition nous invite ainsi à redécouvrir notre relation avec la planète, en éveillant nos sens aux forces primordiales et en célébrant l’harmonie entre l'humain et la Terre.
Maïtéa Miquelajauregui présente dans l'exposition son projet sonore MOHO, conçu pour faire ressentir les activités sismiques de la Terre à travers un écosystème sonore immersif.
Amélie Labourdette, suite à une résidence d’artiste à Agira, dans la région d’Enna, organisée par l'association AGIRE (fondée par Maïtéa Miquelajauregui), présente une série de photographies imprimées sur tissu intitulée KHTHṒN (dont l'exposition à pris le titre éponyme).
Maïtéa Miquelajauregui présente dans l'exposition son projet sonore MOHO, conçu pour faire ressentir les activités sismiques de la Terre à travers un écosystème sonore immersif.
La Terre est à la fois discrète et omniprésente, porteuse d'une mémoire, d'une capacité à résoudre des problèmes, et dotée d'une forme d'intelligence.
En percevant la planète comme un être vivant, dont nous faisons partie intégrante, nous pouvons considérer ses activités sismiques comme un rythme vital, semblable à un battement cardiaque. La Terre vibre et vit, et ses pulsations témoignent de son activité profonde. Ses vibrations, dont la temporalité nous échappe, peuvent être ressenties sur certaines zones, à l'image de pouls dont le rythme varie en fonction du territoire et de son activité souterraine. Ressentir les mouvements sismiques de la Terre, c'est créer une forme d'empathie avec notre planète, une connexion sensorielle profonde à travers un ensemble de vibrations qui pénètrent notre corps et avec lesquelles il s'appareille.
Le projet MOHO propose cette approche sensorielle en captant les vibrations sismiques sur des points géographiques sensibles et en les retransmettant sous forme de fréquences vibratoires qui résonnent dans le corps des visiteurs. La première zone sensible explorée a été Ætna, volcan emblématique de la Sicile. Cette Entité Naturelle, puissante et symbolique, est devenue le point d'entrée du projet.
L'Institut national de géophysique et de volcanologie, en particulier la section observatoire de Ætna, enregistre en continu les données de 43 capteurs situés sur le volcan. Chacun de ces capteurs mesurent quatre types de données spatiales différentes, retranscrivant les mouvements provoqués par les épisodes sismiques. Grâce à une collaboration étroite avec l'institut, et notamment avec la sismologue Tiziana Tuve, Maïtéa Miquelajauregui pût récupérer ces données puis les transposer sous forme numérique.
La transposition de ces données sismiques a permis à Maïtéa Miquelajauregui d'imaginer une partition musicale précise, établie avec l'ingénieur du son Eric Munch. Cette composition traduit non seulement le rythme réel des séismes, en échelle de temps 1:1, mais explore également une dimension plus sensible à travers les notes et accords choisis pour exprimer ces vibrations. Les fréquences sismiques, particulièrement basses, sont conçues pour pénétrer le corps du visiteur, générant une cohésion sensorielle entre lui et la Terre.
Qui se trouve sur un volcan peut entendre son souffle, sentir l’instabilité du sol qui se dérobe à chaque pas – la connexion est immédiate. Le nom du projet, MOHO, fait référence à la discontinuité de Mohorovičić, une transition géologique qui marque le passage entre la croûte terrestre et le manteau. À cet endroit précis, on observe une augmentation brutale des vitesses des ondes sismiques longitudinales, ce qui constitue une frontière naturelle importante dans la compréhension des phénomènes terrestres.
Ainsi, MOHO ne se limite pas à une retranscription littérale des vibrations sismiques, mais invite les visiteurs à une véritable immersion sensorielle. Le dispositif sonore utilisé permet aux fréquences basses de résonner jusque dans le cœur du spectateur, créant un dialogue intime avec la Terre et ses rythmes cachés. L’œuvre vise à sensibiliser à la dimension vivante et vibrante de notre planète, nous rapprochant de ce que nous ne percevons pas toujours, mais qui existe tout autour de nous.
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Amélie Labourdette, suite à une résidence d’artiste à Agira, dans la région d’Enna, organisée par l'association AGIRE (fondée par Maïtéa Miquelajauregui), présente une série de photographies imprimées sur tissu intitulée KHTHṒN (dont l'exposition à pris le titre éponyme).
Convaincue par la nécessité aujourd'hui de nous reconnecter par nos sens aux forces primordiales terrestres, Amélie Labourdette explore avec son projet KHTHÓN l’étrangeté de notre Terre et de ses énergies originelles afin d’en saisir le maillage, les interconnexions entre les entités naturelles non-humaines, le cosmos et les entités humaines. En mêlant une poétique subjective de l'image à une approche spéculative, elle propose une plongée sensible dans les croyances ancestrales et récits mythologiques d'une religion souterraine ayant perduré au fIl de la préhistoire et de l'antiquité en Méditerranée et particulièrement en Sicile et nous invite à nous relier aux puissances telluriques.
Les caractéristiques géologiques de la Sicile centrale ont permis la formation de grottes naturelles. L’usage des grottes préhistoriques de Sicile reste selon les recherches archéologiques encore incertaine. Cependant les fouilles archéologiques qui y ont été menées ont permis d'y révéler une occupation humaine préhistorique et suggèrent même une utilisation rituelle de ces sites. Ces grottes auraient servi de lieux de vie, de sépultures et même de célébration des divinités, supposant une religion souterraine. Cette spiritualité englobait des rituels vénérant l'eau, des cultes des ancêtres, ainsi que la consommation rituelle d'animaux. Les plus anciennes traces d'occupation humaine de ces sites remontent au Paléolithique supérieur. Tout au long des différentes périodes de la protohistoire, depuis l'âge du cuivre jusqu'à l'âge du bronze, et jusqu'à la période historique ultérieure, l'occupation de ces grottes demeura constante, tout en étant parfois sujettes à des modifications, des agrandissements et des aménagements destinés à en faire des lieux de vie ou des espaces rituels, façonnés tant par les communautés autochtones que par les colons grecs.
Guidée par une exploration photographique du volcan Ætna et des grottes et abris disséminés dans la Sicile centrale, la recherche d'Amélie Labourdette s'appuie sur l'expérience sensible des lieux et sur différentes perspectives archéologiques (classiques et féministes). Son inspiration plonge également ses racines dans les croyances préhistoriques entourant le culte de la Grande-Déesse Terre, perçue comme une entité cosmogonique à l'origine de la création du monde et incarnant le principe de la régénération vitale et de l’incessant renouveau. Croyances qui seront reprises au sein du mythe grec de Déméter et Proserpina et du Culte à Mystères d'Éleusis, se superposant au culte autochtone préexistant.
L’île semble être dotée d'une porosité mystique, ses forces telluriques sont palpables quand on pénètre la pénombre des grottes de Sicile. Telles des trouées dans la croûte terrestre, ces grottes ont traversé le temps jusqu’à nous et n’ont cessé d’être habitées depuis la préhistoire et au fil des civilisations par les humains qui en ont fait des espaces dédiés aux cultes et rituels. À l’instar de Ætna et de la grotte de Proserpina, située dans aux environs de Enna, également appelée Cozzo Matrice, ces cavités naturelles ou creusées dans la roche sont des corridors reliant la surface terrestre aux enclaves mystérieuses des inframondes chthoniens. Elles nous rappellent notre lien avec le cycle, avec la Terre, encore déesse il y a 4000 ans.
Symboles des entrailles fécondes, « Oeuf cosmique en tant que matrice du monde », elles sont une continuité du monde souterrain, une extension, qui permets aux humains de venir y trouver un lieu fortifié par les pouvoirs de la Terre, et une acoustique favorisant la résonance des sons sous les voûtes, où les pèlerins expérimentent une nouvelle naissance.
« Lieu des mystères sacré lié à la mort et à la renaissance comparable aux mystères d’Eleusis dans la Grèce Antique, ici dans dans l’obscurité humide des entrailles, en entrant dans un état de conscience élevé , on pouvait ressentir la puissante énergie de la Terre et les mystères du commencement de la vie. »
Si l'ancrage de ce culte à la Déesse-Mère peut sembler lointain, chaque coin de la Sicile nous y renvoie de manière tangible. Au cœur de cet héritage du culte de la Déesse-Mère, la force créatrice des femmes est centrale et se manifeste à travers des travaux artisanaux emblématiques, tels que les arts du filage, du tissage et de la couture. Là où des linges suspendus dans l'air flottent au vent, se ravive en nous la mémoire intime et viscérale d’une matrice palpitante en connexion avec les forces terrestres profondes.
En réalisant des impressions photographiques sur de vastes étoffes, Amélie Labourdette cherche à rendre tangible les présences sensibles des énergies telluriques, forces sous-jacentes qui animent ces grottes et abris souterrains. Elle aspire à retranscrire la spectralité et la labilité des forces sous-jacentes qui animent ces lieux énigmatiques. Telles des spectrographies, les impressions matérialisent la mémoire matérielle et immatérielle, physique et invisible de ces mondes ancestraux. Les tissus suspendus d’une lueur satinée, palpitent au gré des courants d’air. L’espace de l’exposition pensé comme un corps de membranes flottantes explore alors l’intimité de cette idée ancienne d’une énergie créatrice des femmes en osmose avec les forces telluriques.