[2014]  Non finito  

vues d'exposition / exhibitions views

( Série réalisée en France et dans le nord de l'Espagne )

Série de 10 photographies - Tirages pigmentaires, Epson Hot Press Bright White paper 300g - 133 x 120 cm - Dibond 2mm / Caisse américaine.

(Series made in France and northern Spain)

Series of 10 photographs - Pigment prints, Epson Hot Press Bright White paper 300g - 133 x 120 cm - Dibond 2mm / framing american box.

 

 

Statement FR

A l'origine des deux séries, Non Finito et Empire of Dust, on retrouve le choc de la crise financière de 2008, et la recherche d'images, de lieux à même d'exprimer l'effondrement d'un système, d'un capitalisme dont on a pu voir les conséquences à la Nouvelle Orléans, à Détroit, Athènes, ou encore en Espagne..

Pour cette première série sur les constructions inachevées, Non Finito, j'ai porté mon choix et mon objectif sur l'Espagne, pays victime de l’effondrement de la bulle immobilière.

Cette série photographique tente d’imaginer une «  archéologie du présent » affectée par des bouleversements aussi bien idéologiques, politiques, qu’économiques. Elle questionne la notion d’inachèvement, de « Non finito » initiée par Michel-Ange, comme potentiel d’un « devenir-autre ».

Parallèlement à la volonté de documenter une époque, un territoire, je m’intéresse à la capacité de ces images à s’échapper d’une première perception trop évidente.

Entre documentaire et fiction, ce projet révèle des paysages où se manifestent des constructions inachevées et spectrales, des squelettes de béton flottant dans un état d’entre-deux, un état indéfini.

C'est en réfléchissant sur le glissement possible de l’identité des formes, de leurs perceptions, à travers le medium photographique, que je me suis intéressée à la notion de non finito qui a donner naissance à la série Non Finito réalisée en Espagne, puis à la série Empire of dust réalisée en Italie du sud. Cette notion de non finito, traduit littéralement par « non terminé », qui fut traduit dans un contexte artistique par « esthétique de l'inachevé », désigne des sculptures inachevées par l'artiste, volontairement ou non. Les sculptures de Michel-Ange et de Rodin illustrent parfaitement cette notion : Michel-Ange parce qu'un grand nombre de ses sculptures furent précisément inachevées, Rodin parce que le non finito était chez lui une visée. Dans l'inachèvement, il s’agit de donner l’œuvre sous une forme interrompue, comme étape du processus de création et condition de « l’œuvre ouverte » ,  des « œuvres à venir ». Cette esthétique de l’inachèvement et du non finito, me sont donc apparues intrinsèquement liés aux définitions de la modernité qui laisse la place à la perception du spectateur dans la construction de l'oeuvre (c'est le regard du spectateur qui fait l'oeuvre).

En initiant à travers cette série photographique une conversion du regard du spectateur, j’interroge le glissement possible de l’identité de ces formes singulières, leur donnant une dimension surréelles, les faisant accéder à une dimension plastique, un devenir sculpture.

Ce travail photographique réside dans le passage d’un registre à l’autre au sein d’une même image, dans l’équilibre entre image « document » et image « fiction », là où différentes réalités possibles coexistent.

Statement ENG

At the origin of these two series, Non Finito and Empire of Dust, there is the shock of the financial crisis of 2008, and the image search, places, able to express the collapse of a system, of a capitalism whose was able to see the consequences in New Orleans, Detroit or Athens, or in Spain. …

For this first series on unfinished constructions, Non Finito, I focused my choice and my photographic lens on Spain, a country victim of the housing bubble collapse.

This photographic series tries to imagine an "archeology of the present" affected by ideological, political as well as economic upheavals. It's questions the notion of incompletion, of « Non finito », initiated by Michelangelo, as a potential of a « becoming-other ».

In parallel with the desire to document a period, a territory, I am interested in the ability of these images to escape a too obvious first perception.

Between documentary and fiction, this project reveals landscapes where are manifested unfinished and spectral constructs, concrete skeletons floating in a state of in-between, an undefined state.

It is by reflecting on a possible shift of the identity of forms, perceptions, through the photographic medium, I was interested in the notion of non finito that gave rise to the Non Finito series conducted in Spain, and then at the series Empire of dust, produced in southern Italy. This notion of non finito, literally translated as "not completed", which was translated in an artistic context by the "unfinished aesthetic" refers unfinished sculptures by the artist, willingly or not. Michael Angelo and Rodin's sculptures perfectly illustrate this concept: Michael Angelo because many of his sculptures were just unfinished, Rodin because the non finito was for him a target. In incompletion, it is about giving the artwork in an interrupted form, as part of the process of creation and condition of "open artwork", the "forthcoming artworks". This aesthetic of incompleteness and non finito, appeared to me so intrinsically linked to the definitions of modernity that leaves room for the viewer's perception in the construction of the work (it is the viewer who makes the artwork).

By initiating through this photographic series a conversion of the viewer’s gaze, I question the potential slipping of the identity of these singular forms, giving them a surreal dimension, making them reach to a plastic dimension, a sculpture in becoming.

This photographic work, reside in the transition from one register to another within the same image, in the balance between «document» and «fiction», where various possible realities coexist.