KÓSMOS Pluralité des mondes comme bibliothèque Aby Warburguienne

Exposition : Cet autre monde qui est aussi le nôtre

Amélie Labourdette, Nicolas Hermann, Othman Moatassime

Commissaire d’exposition: Théo-Mario Coppola

GALERIE OPEN SCHOOL du 28 mars au 11 mai 2019, École des Beaux-Arts de Nantes / Saint-Nazaire, 2 Allée Frida Kahlo, 44200 Nantes

Ni avant nous, ni après nous

Texte sur le projet KÓSMOS et l’œuvre d’Amélie Labourdette

Écrit par Théo-Mario Coppola

Mars 2019

« Il faut que le sensible s’autonomise et se réarrange, de sorte que l’événement surgisse dans un monde nouveau, libéré des contraintes utilitaires et jouxtant l’éternité. Il faut, parallèlement, que le sujet se dessaisisse de son moi et de ses attaches imaginaires, qu’il prenne conscience, dans ce retrait, d’un désir intense de présence et éprouve cette présence à la fois comme évidence et comme quelque chose d’impossible à atteindre ».

Baldine Saint Girons, Le Sublime, de l’Antiquité à nos jours, Paris, Desjonquères, 2005, 251 p.

Amélie Labourdette prend position à rebours de l’évaluation traditionnelle des catégories ordonnancées de la photographie. Documentaire, fiction et esthétique procèdent d’une projection d’un intime réconcilié dans un ensemble d’espaces-temps. Constellation d’images photographiques, à travers le Sud-Ouest du Texas, le Nouveau-Mexique, le Sud du Colorado, le Sud de l’Utah et en Arizona, les œuvres du projet KÓSMOS rendent compte par une lecture perspectiviste du territoire, de la relation de l’humain à la biosphère terrestre, au cosmos, dans le désert américain, en associant l’analyse anthropologique à une poétique subjective de l’image, où la hiérarchie des connaissances du sujet est abolie au profit d’une synthèse inclusive analogique par la mise en regard de différentes « versions de monde », différents points de vus, différentes strates temporelles.

Enquête et état du monde

Chaque ensemble d’œuvres d’Amélie Labourdette appartient à un projet distinct, motivé par le désir de faire renaître un état du monde. Les recherches et la mise en relation disciplinaire, en anthropologie, en histoire, en esthétique, qui précédent la réalisation d’un projet, donnent la direction d’une approche personnelle, nourrie par la succession des évènements et des rencontres sur le parcours du projet. Le projet est ainsi avant tout une enquête qui fait état d’un moment, d’un instantané d’un ensemble d’espaces-temps. Que peut-on dire d’un lieu ? Que peut-on vivre avec lui ? Ce que nous pensions d’un lieu, nous pouvons ainsi le reformuler en sensation. L’artiste identifie un ensemble d’espace-temps au sein desquels, procédant par enquête, elle rassemble et fait correspondre des éléments, mobilise les outils d’analyse et de transmission de différentes disciplines. Tout converge ainsi en un point qui réunit les éléments de l’énigme. Chaque projet apparaît comme une nouvelle enquête, une redécouverte. Le registre ne tient ni à l’aventure, ni à l’exploration, relayés tous deux au domaine hideux de la conquête et de la domination. C’est au contraire, dans une perspective de libération du sensible et de la connaissance, une enquête animée par l’interrelation d’une intériorité à l’espace du dehors, celui du fantasme et celui de l’Autre (humain et non-humain), pluriel et invisible. Le dehors, c’est tout ce qui contient le récit que l’on fait du monde alentour et les histoires, par fragments, que le monde formule lui-même, dans ses formes, dans ses catalyses. La concentration des signes et des codes, l’agencement des formes et l’organisation des espaces, la construction des abords, la nature, oscillant entre l’artifice et la brutalité primordiale d’un lieu convergent dans l’analogie sensible et l’affinité intellectuelle. Ainsi, la marche et la déambulation opèrent comme une enquête. Amélie Labourdette sillonne un ensemble d’espaces-temps, suivant une méthodologie héritée de la pensée d’Aby Warburg. Les éléments collectés composent un monde qui jamais ne prend fin. Irréductible à l’expérience mais aussi potentiellement ouvert à l’évènement.

Espace infini et minuit sombre

À l’occasion du projet KÓSMOS, Amélie Labourdette s’est rendue aux États-Unis, dans le cadre d’une résidence à Marfa. Elle y observe des paysages complexes, y apprend les récits d’une civilisation passé, y reconnaît la présence écartée des hopis. Ces derniers racontent les origines du monde par une succession d’étapes que matérialise dans le paysage la présence des kivas hopis. Le premier monde, appelé Tokpela, est l’espace infini, qui naît avec ses terres, ses animaux, ses humains. Puis, vient le deuxième monde (le Tokpa ou minuit sombre), qui sera bientôt recouvert par la glace, obligeant à la fuite. Les humains grimperont alors au troisième monde (le monde de la couleur rouge), et enfin vient le quatrième monde, un présent nouveau qui contient la prophétie d’un autre monde à venir après lui. Le récit des origines est mis en relation avec la présence d’un cratère sur une autre photographie. L’ensemble est baigné dans une lumière d’éclipse. Est-ce Sunset, le volcan de l’Arizona ? Ou bien est-ce un impact de météorite ? L’un dit l’histoire de l’autre et du troisième enfin. La circulation du sens tient à l’analogie et à la potentialité des formes. Les photographies du projet KÓSMOS contiennent cette combinatoire d’éléments imbriquées, de relations croisées, de retour à l’élément supposé primordial.

Onze gris dans un monde parcouru

Est-ce là une possible recherche des origines ? Je retrouve cette phrase, écrite l’an dernier : « le monde ne vient ni avant nous, ni après nous ». Ce qui a été dit d’un certain projet en plusieurs régions d’Italie, mené par Amélie Labourdette, sur les traces d’architectures abandonnées au milieu de la nature méridionale vaut ici encore. C’est le positionnement de l’artiste dans une réalité formulée comme celle d’un ensemble d’espaces-temps. Chacun est parcouru, vécu. Ainsi le regard et l’être entier se projettent dans le réel. Les œuvres d’Amélie Labourdette ne « questionnent » pas, n’« interrogent » pas, ne « démontrent » pas. Ces dernières ne sont pas les juges du passé ou les témoins du présent. Elles se fondent dans la matière même du réel qu’elles semblaient saisir un instant auparavant. Les tirages, réalisés en Piezography (procédé d’impression réalisé avec des encres aux pigments de charbon) sur un papier mince et fragile donne à la matière photographique une présence irradiante. La photographie n’est plus l’apparition d’une image mais l’expression d’une matérialité en représentation. Les nuances irisées, la complexité des tonalités, la vibrance des pigments s’harmonise avec le sujet, se confond avec lui. L’image d’une chimie charbonneuse s’imprime comme la réminiscence de l’instinct cosmique. Nous sommes, comme ces encres, des amas de carbone, de la poussière d’étoile. La lumière, noire et vibrante, lactescente et nappée semble provenir de l’image projetée dans la voûte intérieure d’un crâne.

Le passé le plus ancien

Dans certaines photographies du projet KÓSMOS, le passé le plus ancien (et donc le plus présent) évoque la vie, les rites, les traditions d’un peuple désigné par les Anasazis. Civilisation ancienne, disparue avant l’arrivée des Européens en Amérique, nommée depuis les années 1830 par le mot « Anasazi » signifiant « les anciens » (ou « les anciens ennemis ») dans la langue Navajo. Ancien toujours quand on les désigne, ces disparus, par « anciens pueblos », retenant en même temps la simplicité apparente de leurs villages, à défaut de saisir la complexité de leur système de pensée. Faut-il disparaître pour être ancien ? Faut-il appartenir au souvenir d’un passé non atteignable ? Le présent ne procède-t-il pas des mêmes obsessions, des mêmes considérations ? Vivre. Vivre, peut-être ensemble. Trouver une forme à cet ensemble. Comprendre ce que l’on fait soi-même, parler ou écrire pour interpréter. Croire. En une idée fixe. En la contradiction. Question de cycle, de répétition et d’origine. Chercher les formes de la vie, provoquer la chance et les saisons, penser qu’il est possible d’inverser la courbe du temps, de remonter les saisons. Désirs infinis qui habitent des corps finis. Amélie Labourdette livre les mêmes doutes, les mêmes regards. Elle ne cherche pas le particularisme isolé, mais l’universel inscrit dans un ensemble de formes, à chaque fois différentes. Du même désir de connecter un monde à l’autre, Amélie Labourdette opère par rapprochements, par systèmes interconnectés d’analogie. La conscience forte et active de l’existence d’un passé non nostalgique et d’un futur non nécessairement utopique rassemble dans un présent à la fois éternel et singulier, tous les états du temps.

L’utopie et le double du monde

Amélie Labourdette photographie Biosphère II, un site expérimental, construit et conçu pour reproduire un système écologique artificiel clos, situé à Oracle (autre désignation du fantasme par le nom même), dans le désert de l’Arizona, en bordure des monts Santa Catalina. Construit entre 1987 et 1991 par Space Biosphere Ventures dont l’objectif avait pour but d’évaluer la faisabilité de biosphères identiques lors de la colonisation spatiale. Le nom même de Biosphère II rappelle l’origine de sa désignation. La première biosphère (Biosphère I), celle qui tient lieu de référence, c’est la Terre elle-même. Biosphère II est le plus grand système écologique fermé avec une forêt tropicale humide, un océan et sa barrière de corail, une mangrove, une savane, un désert, un terrain destiné à l’agriculture, un habitat humain. Deux missions ont été menées dans le dôme scellé. La première a duré du 26 septembre 1991 au 26 septembre 1993. La seconde a duré six mois en 1994. Biosphère 2 a été créée car les chercheurs voulaient comprendre s'il était possible de faire une même expérience sur Mars, y vivre à sa surface. L’utopie de cette construction tient autant de la folie humaine qui projette des mondes, comme chez les hopis qu’à l’ambition de quitter la planète pour vivre un autre état du cosmos, comprendre ce qui est ici tout proche. Chacune des architectures utopiques photographiées dépasse le basculement de l’ordre au chaos des ambitions du dépassement. En créant des doubles du réel, les activités humaines intègrent les contradictions du monde par la compréhension, et non plus par le contrôle de l’expérience du vivant.

Le lointain ici. Le tout proche là-bas.

La quête de sens se dessine en constellation de constellations, en ensemble d’ensembles. Tous vus, en même temps, et séparément à la fois dans l’expérience du sensible. Ce qu’Amélie Labourdette perçoit tient du monde auquel elle peut accéder. Elle rappelle la tension primordiale entre l’état de connaissance optimale que jamais nous ne pouvons rejoindre et l’ambition de transformer le réel par des visions. Tout ce qui est proche et familier évoque une réalité lointaine, peut-être même inconnue. Tout ce que nous n’avons jamais perçu par nos sens, nous le recherchons en pensant construire un autre monde. Peut-être idéal, peut-être simplement meilleur. L’interrelation n’est pas évidente et visible. Ces allers-retours successifs d’une photographie à l’autre, d’une forme à l’autre, d’une échelle à l’autre sont autant d’indices de cette circulation combinée des désirs et de la pensée.

Le monde n’est ni avant nous, ni après nous. Lumière grise et nappée, couchée sur des images éparses et comparses, des impressions fugaces, de grandes fuites. Là-bas, dans les dunes éclatantes de gypse de White Sands, où les V2 ne décollent plus, dans le bassin de Tularosa au Nouveau-Mexique, tout à côté de nous, le monde ressemble tout entier, à la lumière d’un minuit sombre.

Théo-Mario Coppola


Traces d’une occupation humaine

Exposition personnelle à la Galerie le Carré d’Art - Centre Culturel Pôle Sud,

Chartres de Bretagne, septembre 2018

Traces d’une occupation humaine

Exposition personnelle à la galerie Chez Arthur et Janine

Dans le cadre des Rencontres Photographiques d’Arles, 2018

AVANT LA POUSSIÈRE (UNDER THE SAND expo#3)

le Lieu Unique, Nantes, France.

Minhee Kim, Amélie Labourdette, Dominique Leroy, Wilfried Nail, Pascale Rémita, Benoit Travers.

Commissaire invitée : Marion Zilio

projet Impulsé par Wilfried Nail, construit et dirigé avec Souad Mani

Du 10 au au 28 février 2018, Vernissage le 10 février

Série Traces d’une Occupation Humaine, 2018 : Installation, impressions photographiques avec encre UV sur pierres calcaires, sable, dimensions variables

Géorama des mondes enfouis, 2018: pierres de mica / étain fondu, pierre calcaire, socle en médium anthracite 135 x 122 cm

Vues de l’exposition Avant la poussière au Lieu unique

« Comme la plupart des peuples méditerranéens, les pratiques funéraires des capsiens (dont la culture mésolithique centrée sur le Maghreb a été nommée d’après la ville de Gafsa), suggèrent une croyance en une vie après la mort. En imprimant sur une plaque de calcaire le mur de séparation entre le monde des vivants et celui des morts, Amélie Labourdette tente d’en saisir l’aura, de recouvrer un « esprit du lieu » comme si celui-ci s’était fossilisé dans la pierre. Sa série Traces d’une occupation humaine se déploie depuis les fouilles du Paléolithique moyen jusqu’au sol retourné par les tractopelles de la Compagnie de Phosphate de Gafsa (CPG), en passant par les tags d’une contestation clamant le « non » au travers de signes paraissant ésotériques pour celui qui ne connaît pas la langue. Dépourvu d’humain, ses images racontent l’histoire d’un chantier civilisationnel, dans le temps long de ses strates géologiques. Utilisée comme matériaux de construction, la roche sédimentaire de nature calcaire se forme grâce à la consolidation de coquillages marins, c’est-à-dire d’un ensemble de déchets, dépouilles d’animaux et de végétaux, constituant un territoire délaissé par les ontologies traditionnelles. Cette matière inerte promise à s’aréniser (à devenir sable) est devenue le support de ses photographies. Elle conserve en cela les traces d’une écologie mémorielle, tout à la fois humaine et non humaine. Sans cesse écrasées, ébréchées, dévaluées ou instrumentalisées, les pierres reviennent ici pour ce qu’elles sont : des ruines, ou plutôt, une sorte de livre du temps cristallisant différentes strates temporelles. Le passé est toujours là, enfoui, mais autrement que sur le mode du souvenir conservé : il est devenu un mode de présence fossilisé grâce auquel l’archéologie déchiffre et tente de re-lire le passé .»

« La perception devient sujette à toutes les réversibilités ; si Rogers Caillois voyait dans les veines du marbre et des roches perforées, la matière à de longues rêveries, méditations ou hypnoses, Amélie Labourdette ne fait pas de la présentation de deux pierres trouvées dans l’ancienne carrière de phosphate, un tremplin pour le fantastique. Elles sont plutôt les reliques d’une carte en trois dimensions, sur laquelle l’étain fondu trace des chemins et des voies multiples dans un paysage promis à l’érosion et à la dispersion en poussière. C’est pourquoi la pierre que l’on prenait pour le symbole de l’immobilité structurale, de la dureté et de la stabilité, se définit plutôt comme le friable et le mouvant, si ce n’est le vivant. Elle se situe « avant la poussière », à l’exact moment de l’éphémère et du suspendu, dans les potentiels du temps.»

Marion Zilio

MÉTAXU : Le séjour des formes (UNDER THE SAND expo #2)

B'Chira Art Center, Tunis, Tunisie

Imen Bahri, Minhee Kim, Farah Khelil,Amélie Labourdette, Souad Mani, Wilfried Nail, Pascale Rémita, Ali Tnani, Benoit Travers, Haythem Zakaria.

Direction artistique : Souad Mani & Wilfried NailVue de l’exposition Métaxu au B’chira Art Center, 2017

Commissariat : Fatma Cheffi & Marion Zilio

Co-production Delta (Tunisie) & azOnes (France)

Du 29 septembre au 20 octobre 2017 - Vernissage le 29 septembre

Traces d’une occupation humaine: (Image de fond) tirage pigmentaire sur papier couché, 255 x 218 cm , (à gauche) tirage pigmentaire sur papier Epson Hot Press mat contrecollé sur dibond, 68 x 31 cm , (à droite en haut) tirage pigmentaire sur papier Epson Hot Press mat contrecollé sur dibond, 75 x 85 cm , (à droite en bas) tirage pigmentaire sur papier Epson Hot Press mat contrecollé sur dibond, 70 x 70 cm

« Traces d’une occupation humaine d’Amélie Labourdette met en dialogue des images photographiques de paysages dépeuplés à Gafsa. Trois photos de taille moyenne montrant respectivement un monument funéraire (bazina), un bloc de béton et le chantier d’un réservoir d’eau aux formes équivoques se détachent d’une image de fond atmosphérique. Trois époques archéologiques et architecturales se superposent, révélant les évolutions de sapiens aux ultras contemporains. Disposée dans un coin de la salle, l’image, devenue support, met en vis-à-vis des terrils de déchets de phosphate accumulés sur une quarantaine d’années et les couches géologiques révélées par l’extraction minière. Comme un livre ouvert, le paysage s’offre au regard du spectateur invité à naviguer entre ses différentes strates et motifs sculpturaux, dans lesquels il apparaît quelques fois difficile de discerner l’œuvre de la nature des empreintes de l’homme. Il s’agit de capter un immatériel, un esprit du lieu, enfoui sous le sable, constituant l’ensemble des projections, des récits imaginaires, fictionnels et réels d’un territoire..»

Fatma Cheffi & Marion Zilio

« Traces of a human occupation of Amélie Labourdette brings into dialogue photographic images of depopulated landscapes in Gafsa. Three medium sized photos showing respectively a funeral monument (bazina), a concrete block and the construction site of a water tank with equivocal shapes stand out from an atmospheric background image. Three archaeological and architectural periods overlap, revealing the evolution of sapiens to ultra contemporary. Placed in a corner of the room, the image, which has become a support, shows slag heaps of phosphate waste accumulated over forty years and the geological layers revealed by mining. Like an open book, the landscape offers itself to the viewer invited to navigate between its different layers and sculptural motifs, in which it sometimes appears difficult to discern the work from the nature of man’s imprints. It is about capturing an immaterial, a spirit of place, buried under the sand, constituting all the projections, imaginary, fictional and real stories of a territory ».

Fatma Cheffi & Marion Zilio

EMPIRE OF DUST - Solo Show

GALERIE THIERRY BIGAIGNON

9 Rue Charlot, 75003 Paris

9 NOVEMBRE - 23 DÉCEMBRE 2017

Texte de Théo-Mario Coppola à l’occasion de l’exposition à la galerie Thierry Bigaignon.

La série Empire of Dust de Amélie Labourdette explore les strates de l’histoire des communautés humaines, éclairant les caractéristiques sociales et esthétiques d’un paysage modifié par la présence de constructions inachevées : les ecomostri, ces créatures de béton dressées au creux d’une vallée, ou à flanc d’une colline.

Implacable Italie du Sud, où les heures de la campagne ont été blessées par la cruauté des seigneurs, la trahison des saisons, l’ambition des modernes. Elles rendent avec une vigueur vibrante les richesses de la nature, toujours prête à reprendre, à s’étendre, à recouvrir. Mais il reste ces monstres d’un genre nouveau qui s’imposent à la nature. Empire of Dust explore une Italie peuplée d’ecomostri. Le néologisme, devenu un terme générique est une invention journalistique. Il désigne une pluralité de situations renvoyant à des constructions inachevées, signalées comme étant en inadéquation avec le paysage, offensant le regard. Certaines constructions sont publiques, d’autres privées. Les unes sont illégales, les autres manquent de subsides pour être achevées, les autres encore sont prétextes au blanchiment d’argent. Des villages entiers, des complexes hôteliers, des tronçons d’autoroute, des ponts, des villas isolées. Elles dévoilent au-delà même de leurs formes et de leurs typologies plastiques des réalités qui traversent l’économie et la société de l’Italie du Sud : blanchiment d’argent, détournement de fonds, activités mafieuses, absence de considération pour le bien commun.

Amélie Labourdette a sillonné la Sicile, la Basilicate, les Pouilles et la Calabre, à la recherche de ces architectures. Elle s’est confronté à la présence de ces presque ruines du Mezzogiorno, ouvertes sur le monde, éventrées avant même d’avoir été closes. Et, tandis que l’authentique ruine romantique est le résultat d’un processus long de dégradation, celles-ci n’ont jamais été achevées. Parfois, de jeunes gens les occupent. Des habitants s’approprient a posteriori ces espaces. Ils n’ont pas la reconnaissance des ruines antiques. Tels Paestum et Pompéi que les voyageurs visitent, comme les écrivains du Grand Tour avant eux. Elles ne sont pas non plus les architectures urbaines abandonnées par les activités humaines, objets de fascination de la postmodernité. Celles-là témoignent au contraire d’une réalité contemporaine au sein de laquelle l’inachevé et l’abandon précèdent la vie de la construction. Opérant par glissements, l’approche d’Amélie Labourdette ouvre la voie à une réinterprétation de l’identité de ces architectures.

La série Empire of Dust livre les traces d’une archéologie du présent, avec ses restes, ses indices, ses histoires aussi. L’artiste ne les fixe pas pour les intégrer à un catalogue raisonné à la manière de Bernd et Hilla Becher, mais les choisit plutôt pour construire, sans prétendre à l’exhaustivité, un ensemble de formes sculpturales. Elle ne s’attarde pas non plus sur le spectaculaire et ses effets, mettant aussi à distance l’immédiateté du regard. Et ces clichés ne sont pas des documents. Car ces architectures sont aussi saisies pour leur force et leur présence physique, prises dans un environnement naturel, parfois difficilement accessible. Elles sont l’expression d’une émotion individuelle, d’une relation du corps à l’architecture, d’un journal d’exploration.

Le nom donné à la série est une maxime du monde : Empire of Dust, l’empire de la poussière. La poussière est l’imperceptible empreinte de ce qui est abandonné derrière l’existence. Elle est tout ce que nous ne décidons pas de transmettre ou de partager mais qui témoigne tout de même de notre présence. C’est aussi ce à quoi appelle le monde. Le renouvellement des formes de vie. La transformation du réel. En se résorbant en poussière, une partie du monde est libérée. Ce nouvel espace suppose l’ouverture à d’autres possibilités d’expression, car la poussière n’est pas le néant. La ruine est un amas de poussière en puissance, la contre forme des vies qui viendront après les nôtres.

Amélie Labourdette donne à voir des instants en flottement, complexes. Les architectures semblent irradier l’ensemble de la photographie. Convergence de la lumière et totalisation des points de vue. L’environnement n’est pas un décor, signe d’une approche volontairement délestée du jugement de valeur. Le territoire se construit avec l’architecture et non pas en opposition avec elle. Le point de vue n’est pas une condamnation de l’ambition humaine mais une contemplation des jeux formels qui animent le dialogue entre la nature et l’architecture jusqu’à trouver son propre dépassement dans l’atmosphère elle-même : l’étrangeté faite lumière. Celle-ci semble émaner de ces constructions, suggérant une présence incandescente. La lumière est saisie en pose longue, entre chien et loup ou à l’aube. Une lumière rare et fuyante, précieuse. Le ciel, teinté d’un large spectre de nuances n’est plus le bleu limpide d’une Italie de villégiature mais la masse, dense et compacte avec laquelle le reste du paysage s’anime. La végétation alentour est parfois dominante et la construction photographiée, mise à distance. Elle semble gagnée par son propre élan vital. Pour d’autres clichés, la verdure danse avec le béton, l’enlace, en osmose. Les constructions deviennent alors des temples. De cette tension lumineuse nait un sentiment d’incertitude. Il offre une projection très vaste du contexte de la prise de vue. Par extension, ces architectures évoquent l’imaginaire de l’anticipation et des romans de science-fiction, sans céder à la complaisance d’une esthétique exclusivement fictionnelle. L’image entraîne au-delà car elle totalise différentes approches.

Amélie Labourdette dépasse ainsi la preuve documentaire et l’approche narrative, proposant une lecture perspectiviste du territoire, en rassemblant différents points de vue, des approches diverses pour rendre avec la complexité la plus juste, avec la précision la plus fine ce qu’un territoire peut raconter de lui-même. L’artiste s’appuie notamment sur les écrits du géographe, orientaliste et philosophe Augustin Berque, auteur d’ouvrages sur l’écoumène, autrement dit les terres anthropisées, dans la perspective d’une mésologie (une science des milieux, étudiant grâce à l’apport de plusieurs disciplines la relation des êtres vivants et en particulier des êtres humains avec leur environnement). Berque propose notamment une définition de la cosmophanie, l’apparaître-monde d’un certain environnement, l’expression d’un agencement ordonné des valeurs fondamentales d’une culture donnée. La cosmophanie est la mise en ordre de la donnée environnementale, renvoyant au sens premier du kosmos. Amélie Labourdette fait dialoguer Augustin Berque et Nelson Goodman, dans la mesure où ni l’un ni l’autre ne s’appuie sur le relativisme. Car il n’existe pas un ‘monde en soi’ et une perception subjective du monde en opposition à ce premier. Chez Berque, la réalité (et donc le monde) existe toujours « en tant que » et pour Goodman, les « versions du monde » s’équivalent. D’après Nelson Goodman, dans son ouvrage Manière de faire des mondes, il est possible de justifier le passage d’une approche épistémologique à une approche ontologique par l’affirmation des différents systèmes de description en tant que monde. Ainsi, tout en parlant de l’unité du monde, de ses règles de ses dynamiques, c’est toujours et en même temps à travers l’affirmation d’une approche parmi d’autres que la connaissance de l’environnement est mobilisée. S’il existe autant de versions du monde, c’est avant tout parce que le monde n’existe que dans la mesure où nous sommes capables d’en faire l’expérience, à la mesure de nos sentiments, de nos impressions, de nos capacités. Le monde ne vient ni avant nous, ni après nous mais par nous, dans la construction de soi, par les sens et les interactions avec les autres êtres et notre environnement. Dans La vie des plantes, le philosophe Emanuele Coccia démontre les ressorts de ce dualisme vitalisme en prenant l’exemple du souffle. Avec la respiration, nous entrons dans le monde et de la même manière le monde entre en nous, de telle sorte que la frontière ontologique est déployée plus largement à notre environnement proche et par extension au reste du monde.

Avec le perspectivisme, l’existence réconcilie la vie humaine et l’environnement. Comment vivons-nous les offenses au bien commun ? Sommes-nous nous mêmes étrangers aux entraves faites aux territoires que nous habitons, que nous modifions, que nous codifions ? Ainsi, la hiérarchie des connaissances du sujet est abolie au profit d’une synthèse inclusive où la photographie n’est plus simplement la trace d’un regardeur qui se veut témoin ou la possibilité d’une écriture strictement individuelle. Amélie Labourdette aborde ces architectures et leur territoire en associant l’analyse anthropologique à une poétique subjective de l’image.

La théorie de la raison vitale, forgée par le perspectivisme de Ortega y Gasset, à la suite des théories de Dilthey et Simmel traverse toute l’œuvre d’Amélie Labourdette dont le travail photographique trace une voie sensible dans le monde des connaissances humaines. Comme dans sa série Traces d’une occupation humaine, Amélie Labourdette reconnecte les éléments qui façonnent l’esprit du lieu. La valeur du paysage n’est plus l’écho d’une esthétique du sublime, tel un réceptacle du désir de perfection. Ou de l’exploration sociale (qu’elle soit critique ou ironique). Le quelconque qui sort de cet empire de poussière porte en lui davantage encore. Il véhicule la possibilité d’une projection intime et d’un rapprochement empathique. Ce qu’il y a là-bas existe aussi pour nous. Nous le racontons à notre tour. Pour ne pas rester seul face au monde et voir encore le ciel dans un crépuscule à l’arrêt.

Théo-Mario Coppola

NUCLÉUS : UNDER THE SAND expo #1

L’ATELIER : rue de Chateaubriand - Nantes, France

Imen Bahri, Minhee Kim, Amélie Labourdette, Dominique Leroy, Souad Mani, Wilfried Nail, Pascale Rémita, Ali Tnani

Directeurs artistiques : Souad Mani & Wilfried Nail, Commissaire d’exposition associé : Jean-Christophe Arcos

Exposition du 8 au 23 décembre 2016 / Vernissage le 7 décembre à partir de 18h30

Article de Marion Zilio, paru dans artpress, le 11 janvier 2017.

NUCLÉUS : Un jardin où le soleil lui nuit et jour

Trans- : dans l’idée même de transformation, la forme est en train de changer – elle est en se mettant en forme pour paraphraser la quête du gérondif de Pascal Quignard. Disant cela, on semble affirmer que la matière agit par elle-même vers sa forme, qu’elle poursuit une poussée vers une forme définitive, son conatus. La question de l’agent de la transformation n’est pas évacuée : s’il y a agent, il participe de cette poussée, il l’opère. En un sens, elle est son œuvre et à la fois elle le dépasse. Mais le terme signale le processus, en faisant l’impasse sur le résultat. Le résultat, res ultima, pouvant du reste être considéré comme l’impasse de la transformation, sa limite, le dernier état dans lequel demeurer – et une résidence n’est pas une demeure. Une exposition devrait toujours être une fin, la destination finale du travail artistique – le vernissage constituant le rituel lors duquel on sacrifie la transformation.Ce ne sera pas le cas pour ce premier volet où se dévoile UNDER THE SAND.En tout premier lieu, s’il faut le souligner, les objets d’étude présentés ici ne sont pas des représentations, ils sont, au contraire, signifiants par eux-mêmes. A l’état brut. Pourtant, quelque chose s’est transformé – si ce ne sont pas les objets, ce sont sans doute les sujets. Notre regard s’est retourné. Nous nous faisons ici les miroirs des érosions et des extractions, des constructions et des abandons, des soulèvements et des impuissances, du sable fossile et des jardins fertiles. Il n’attendait que ça, le sable, avec patience, qu’on (c’est indéterminé, on) l’époussette, que l’œil et la main deviennent un seul outil pour balayer/observer. Les montagnes ont enduré les tractopelles et la dynamite, elles ont été retournées, le plus profond parvenant à la surface à force d’engins mécaniques, mais, toujours en attente, elles ont organisé une résistance passive, une érosion sélective, quitte à se déplacer plus rapidement qu’à l’habitude, de leur foyer au terril – en passant par la case phosphate, recevez 20.000 francs. Ayant identifié d’importants gisements de phosphate dans les sous-sols de Metlaoui, à quarante kilomètres de la ville déjà ancienne de Gafsa, le géologue français Philippe Thomas y fonde la CPG, Compagnie des phosphates de Gafsa, en 1897. Aux mines souterraines creusées dans les premières années du 20e siècle succèdent, au milieu des années 1970, presque 20 ans après l’indépendance de la Tunisie, des carrières à ciel ouvert. L’automatisation industrielle puis la chute du cours des matières premières entraînent d’abord la fin du modèle de capitalisme paternaliste hérité des colons (prise en charge par la CPG de l’ensemble de la vie économique, sociale et culturelle des employés, de leurs familles, et par extension des habitants du Gouvernorat de Gafsa) puis une drastique réduction des besoins en personnel : à la fin des années 1990, la CPG a divisé ses effectifs par 3 et n’emploie plus que 5.000 personnes. Ce microclimat de crise économique et sociale, auquel s’ajoute le ras-le-bol vis-à-vis d’un système opaque de recrutement, entraîne un soulèvement politique. En janvier 2008, Redeyef s’embrase ; trois ans plus tard, la révolte a gagné tout le pays.Le processus révolutionnaire est jeune : 5 ans, pas tout à fait l’âge de raison ; jeunes aussi les agents de ses premières poussées, qui sont maintenant ceux des transformations visibles. A Redeyef, un groupe de jeunes a débarrassé2 le gourbi entassé dans un ancien magasin général fondé au cœur du fillège3 par les colons français : sous les IPN de style Eiffel, entre les colonnes de métal supportant le premier étage (qui deviendra à terme résidence d’artistes), ils ont aménagé un studio d’enregistrement, bricolé une petite bibliothèque, invité des troupes de théâtre de Tunis ou d’Irak. Ils ont fait de l’espace. Un espace autogéré, activé par ceux qui l’utilisent et le fréquentent, devenu carrefour d’échanges, de paroles libres, de cultures d’ici et d’ailleurs. Rojdi sera bientôt en stage à Besançon, Hamza diffusera sous peu ses films sous-titrés sur Youtube... Il faudrait aussi parler de Monsieur Saïdi, né à l’ombre de ces montagnes où ses ancêtres sont enterrés, et qui, devenu archéologue pour mieux respecter leurs ramadiya4, vous ferait en une journée une formation accélérée à la lecture de leur stratigraphie, témoin de la continuité de la présence humaine auprès des sources. Et de Monsieur Souid, dont la boutique encombrée de photocopieuses hors d’âge et de grandes bouteilles de parfum de contrefaçon ne laisserait, si on était ailleurs, présager en rien de sa qualité de journaliste, interviewant l’ambassadeur et rêvant la conquête de la Lune par les Arabes – qualité qui ne laisserait, si on était ailleurs, présager en rien de la redistribution directe à l’œuvre dans son oasis, où les paysans vendent à leur profit les légumes qu’ils y cultivent. Et de Nizar Saidi, directeur de L’Espace, place Pasteur, où, sous l’apparence d’un café aux poufs aux capitons en plastoc, se donne à voir l’énergie artistique de Gafsa, y trouvant un lieu, un accueil, un outil, un public. Et de Mohamed, Rym, Aïcha, Brahim, Ranya, Habib, qui ont voleté tout au long des workshops, l’air de ne pas y toucher, pour finir par nous donner une impeccable leçon d’intelligence et d’engagement dans un français d’autant plus émouvant qu’il était hésitant. Et du boulanger d’Ennour qui offre son ftai, et du fils du patron du Cléopâtre, et du professeur de chimie rencontré au pied de l’étrange bâtiment de refroidissement d’eau, et des responsables des ronds-points, de Dar Loungou, des ordinateurs... Et de Chems – mais si on devait parler de Chems, on y passerait plusieurs vies aussi folles que la sienne, et de toute façon, les mots ne touchant pas le soleil, autant le rencontrer.Il faudrait parler des dos d’âne, de la Garde nationale, du tuk-tuk de Taher, de la leçon d’arabe par Manel, Sirine et Jihen au Café Panorama, des échafaudages infinis, des maisons imperméables à l’éclatante lumière, des cannettes sisyphéennes de Gafsa Beach, des salons de l’Hôtel Jugurtha, du bruit des pièces de 1DT s’entrechoquant, des fossiles de dents d’animaux marins (hypothèse toujours en cours de validation), des horaires des salles de classe, de l’ordre trouvé dans le désordre. Pourtant, la simple évocation devrait suffire. Non, en fait : l’évocation paraît déjà de trop, elle ne transmet rien, simplement elle réifie et limite l’expérience, les expériences, qui ont traversé les artistes. Vous ne recevrez pas de cartes postales.Puisque les cartes écrasent les reliefs, comme l’objectivité écrase la subjectivité, cette présentation propose davantage de parcourir un territoire à travers ses traces - ce qui en rendrait compte, sans pourtant en tenir lieu, pourrait ne résider qu’en un ensemble d’objets relevés et prélevés. Avec la certitude que, dans le laboratoire, l’alchimie n’aboutira jamais à la transformation du plomb en or, juste à la transformation de l’apprenti en philosophe - et qu’à partir des graines semées au cours de cette traversée, UNDER THE SAND est en train de se déployer au milieu du désert.

Jean–Christophe Arcos

1 Nom métaphorique de l’athanor (de l’arabe al-tannur), fourneau utilisé pour produire la chaleur nécessaire aux recherches alchimiques (alchimie, de l’arabe al- kimiya, du grec khymeia, mélange, du moyen égyptien km.t (transcription hiéroglyphique), désignant la terre noire sédimentée sur le sol égyptien).2 Avec l’accompagnement du projet Siwa/Plateforme (site internet)3 Fillège : Nom donné aux implantations coloniales françaises en Tunisie, identifiables à la morphologie des toitures (en pente) notamment ; déformation du français village. 4 Une ramadyia (ou escargotière) est un monticule artificiel composé de vestiges humains de cendres, de coquilles, d’outils, de débris et d’ossements ; le Capsien (culture de l’Épipaléolithique d’Afrique du Nord correspondant à la période s’étendant de -8.500 à -4.500) doit son nom de la ville de Gafsa. On y trouve notamment des nucléus, nom donné par les archéologues spécialistes de l’industrie lithique aux blocs de silex taillés par percussion afin d’en détacher des éclats, lames ou lamelles.

GALERIE RDV / Multiple #6

Valade Mathieu, Labourdette Amélie, Jarry Chloé, Fenwick Cat, Boussion Daphné, Calet Bernard

Exposition du 9 au 24 décembre 2016

16 Allée du Commandant Charcot/ 44000 Nantes / 02 40 69 62 35

Satellite Spirite Art Fair / Antique Future

Espace marais . marais, 5bis rue de Beauce 7003 Paris.

du 8 au 11 décembre 2016

http://www.thierrybigaignon.com/artistes/#/amelie-labourdette/

http://www.satellitespirit.com/

Antique Future / Point Contemporain

Sur invitation de Satellite Spirit, Théo-Mario Coppola, curateur indépendant, propose une exposition collective, Antique Future, où un ou deux artistes par galerie sont présentés.

Produit d’une réflexion sur la dialectique qui anime une génération d’artistes en immersion dans le contemporain, cette exposition est un regard porté sur les horizons plus lointains de l’Histoire.

Antique Future est un clin d’oeil à une exposition (The Antique Future) réalisée par le duo Collins et Milazzo en 1987 à la galerie Audiello à New York. Nous proposons donc ici une exposition dont le statement évoque à la fois l’histoire récente des expositions et une nouvelle génération portée par l’histoire, les nouvelles technologies, l’interdisciplinarité et le nomadisme. Cette génération, capable d’accumuler savoirs et savoirs pratiques renouvelle sans cesse les expérimentations sans jamais se départir des racines archaïques des civilisations humaines. Cette vitalité éclairée par des références protéiformes où est abdiquée la hiérarchie des sources, au profit d’une exploration des lieux et des époques par le médium met en scène l’artiste comme testeur. Il rassemble ainsi les éléments qui l’entourent et livre une vision foisonnante de son environnement. Le champ lexical de l’Histoire se décline et s’expérimente. Les idées se conjuguent pour donner à voir un futur idéal ou critique.

Ces histoires hybrides alimentent une narration collective où nous entrevoyons l’espoir et l’enthousiasme d’un lendemain rêvé. Antique Future n’est pas un simple état des lieux des connaissances post-modernes mais avant tout une expérience phénoménologique où la mémoire et le présent vécue se transforment l’un l’autre. Pragmatiques mais non résignés, informés mais critiques, valeureux mais humbles, les artistes rassemblés ici sont le miroir d’un monde complexe et rhizomique. L’énergie qui traverse les échanges et les activités humaines a supplanté les institutions stables. Antique Future prophétise une renaissance, celle d’une génération de l’entre-deux où le choix de la vie réconcilie le passé et l’avenir.

Le programme complet ici : http://www.satellitespirit.com/le-programme

Galeries participantes :
Aleph ProjectsGalerie DIX9 – Hélène LacharmoiseGalerie Simon CauGalerie Thierry BigaignonGalerie Valérie DelaunayGreat Design GalleryH GalleryPop Up GalerieProgress GalleryUnder Construction gallery

 

Empire of dust (solo show)

Exposition du 10 septembre au 10 octobre 2015 à la Galerie RDV, Nantes
en résonance avec la Quinzaine Photographique Nantaise dédiée au Chaos.

La série photographique Empire of dusta été réalisée avec le soutien de l’État -Préfet de la région
Pays de la Loire et grâce au soutien de la Région des Pays de la Loire et du cabinet Guichen.

Série photographique / photographic series

Communiqué de presse de la Galerie RDV pour l'exposition Empire of dust

-- «De manière récurrente, j’interroge, à travers mon travail photographique, ce qui dans le paysage est à priori invisible, un paysage situé en dessous du paysage visible, qui n’est pas donné dans un premier regard. Le paysage nous renvoie à quelque chose de la mémoire collective et individuelle. Il est reflet de l’histoire, d’une époque, ainsi que de notre imaginaire. Je construis et je réalise mes projets photographiques sur la base d’un état de choses existantes et en étroite relation avec l’idée du territoire car c’est du paysage et de cette « archéologie du présent », dont je souhaite parler avant tout.»
Amélie Labourdette, août 2015


Empire of dust est une série de photographies réalisées au sud de l’Italie où les crises et détournements financiers ont fait de l’inachevement une esthétique architecturale. « Il s’agit pour [Amélie Labourdette] de trouver le juste point de conjonction entre une approche de distanciation réflexive et l’expérience de « l’indétermination », de ce qui se dérobe à nous. »

L’esthétique est particulièrement travaillée bien que non maniériste, l’artiste «ne succombe pas à la fascination fétichiste que les bâtiments exercent généralement sur les architectes et les photographes d’architecture. [Elle] cadre [ses] images de manière à ce que les constructions inachevées fassent partie du paysage sans le dominer. Partout, le sol et le vide sont présents, signifiants, à la fois. » L’architecture qui pourrait être le sujet photographique constitue un élément de territoire.

Amélie Labourdette déjoue la temporalité de la prise de vue. L’instant de captation s’étire jusqu’à devenir une période éthérée créant un sentiment d’irréalité ; dans un statisme absolu, la lumière opaque, dense, et l’absence d’ombres réalisent un glissement de la stratification temporelle du paysage qui contient préludes du passé, indices du présent, et stigmates du futur.

Tout élément qui pourrait paraître narratif -comme une figure humaine- est éludé ; toute personnalisation anecdotique est supprimée afin de conserver cette ambiguë universalité. Ces photographies affirment une réalité présente et non immédiate au premier regard, dans un entre-deux au revers de l’évidence et néanmoins manifeste.


-- La pratique d’Amélie Labourdette manie tant le protocole artistique – inspirée par la photographie objective allemande – que la subjectivité plastique – influencée par la peinture romantique-. Le medium photographique sert les regards que l’artiste porte sur le monde, elle déploie les possibilités pratiques de cette technique sans enfermer ses productions dans la performance technologique. Amélie Labourdette interroge les valeurs documentaire, fictionnelle et esthétique induites par ses photographies. Ses créations jouent du trouble entre la réalité du lieu photographié et le réel construit par sa prise de vue. Nous voyons ce qui a été capturé. « Il est étrange de voir comment la réalité n’est pas tout à fait ce qu’elle figure être... »


La série photographique Empire of dust est réalisée avec le soutien de l’État -Préfet de la région Pays de la Loire et grâce au soutien de la Région des Pays de la Loire et du cabinet Guichen.
L’ensemble des citations de l’artiste est issu d’un entretien réalisé par L. Cotart-Blanco disponible en intégralité sur le site de RDV, la dernière citation provient du statement de l’artiste.

Léa Cotart-Blanco

Res Nullius : Amélie Labourdette / Wilfried Nail

Du 17 juillet au 1 Août 2015

À la Galerie le 61, Nantes

Série photographique / photographic series

Non finito  (solo show)

DU 27 JUIN AU 24 AOUT 2014

Cette exposition photographique fut réalisée dans le cadre de la résidence "Écriture de lumière"au Centre d'art Île Moulinsart avec le soutient de la DRAC des Pays de la Loire.

Installation pièce sonore: "Solution de continuité" de WILFRIED NAIL. (à écouter avec un casque).

Série photographique / photographic series