[2014]  Non finito  

vues d'exposition / exhibitions views

( Série réalisée en France et dans le nord de l'Espagne )

Série de 10 photographies - Tirages pigmentaires, Epson Hot Press Bright White paper 300g - 133 x 120 cm - Dibond 2mm / Caisse américaine.

(Series made in France and northern Spain)

Series of 10 photographs - Pigment prints, Epson Hot Press Bright White paper 300g - 133 x 120 cm - Dibond 2mm / framing american box.

 

 

Cette série photographique questionne la notion d’inachèvement, de « Non finito »1 initiée par Michel-Ange, comme potentiel d’un « devenir-autre ».
Parallèlement à la volonté de documenter une époque, je m’intéresse à la capacité de ces images à s’échapper d’une première perception trop évidente.
Entre documentaire et fiction, ce projet révèle des paysages où se manifestent des constructions inachevées et spectrales, des squelettes de béton flottant dans un état d’entre-deux, un état indéfini.

Les squelettes de béton de grands projets restés en suspens, de buildings inachevés, motifs récurant de notre époque, m’apparaissent comme les reflets du développement de systèmes socio-économiques qui ne cessent de produire de l’effondrement, mais également comme des espaces et des formes indéfinies qui possèdent, de part leur inachèvement, un « possible latéral », un « devenir-autre » que l’usage auquel le projet initial les dédiait.

Cette série photographique tente d’imaginer une certaine «archéologie» de notre histoire récente affectée par des bouleversements aussi bien idéologiques, politiques, qu’économiques. Ces « vestiges » ne sont pourtant pas simplement les stigmates, de cette histoire récente: il me semble qu’ils deviennent aussi, du fait de leur incomplétude, des espaces interstitiels d’indétermination, propices à une quête photographique explorant les possibilités d’un ré-investissement singulier du monde.

Il est important de noter que dans cette série aucun des titres des photographies réalisées ne mentionnent le lieu ou la désignation de la construction photographiée. En effet, cette pauvreté en information des titres cherche à leur conférer de facto une autre fonction, celle d’inciter le regardeur à s’interroger plus avant sur l’identité de ces constructions.

En initiant à travers cette série photographique une conversion du regard du spectateur, j’interroge le glissement possible de l’identité de ces formes singulières, leur donnant une dimension surréelles, les faisant accéder à une dimension plastique, un devenir sculpture.

La matérialité même de l’image est importante. La grandeur des tirages et la frontalité des prises de vue visent à accentuer l’ambiguïté de leur statut en amplifiant l’immersion du spectateur dans le paysage et en jouant de l’association possible de ces infrastructures inachevées à des installations de Land-Art.

La subtilité de ce travail photographique réside dans le passage d’un registre à l’autre au sein d’une même image, dans l’équilibre entre image « document » et image « fiction », là où différentes réalités possibles coexistent.

À travers ce projet je tente donc conjointement, de réfléchir l’histoire contemporaine à l’aune de leurs architectures inachevées, tout en convoquant l’imaginaire du spectateur afin que s’y déplie « une variante du monde ». Là où, ces formes indéfinies, entre ruines à venir et sculptures potentielles dessinent les contours d’un étrange présent, qui contemple son propre espace en suspens : un inter-règne temporel entre un après de la catastrophe et une relance de l’histoire où se construit une nouvelle étendue poétique, sur laquelle plane le spectre de la fin d’un certain monde.

1 « Non-finito » est un terme italien traduit littéralement par « non terminé » et pouvant être traduit dans un contexte artistique par « esthétique de l’inachevé ». Il  désigne des sculptures inachevées par l’artiste, volontairement ou non.

 

This photographic series, questions the notion of incompletion, of «Non finito» 1, initiated by Michelangelo, as a potential of a «becoming-other».

Parallel to the desire to document an era, I am interested in the ability of these images to escape a too obvious first perception.

Between documentary and fiction, this project reveals landscapes where are manifested unfinished and spectral constructs, concrete skeletons floating in a state of in-between, an undefined state.

Concrete skeletons of major projects remained pending, of unfinished buildings, recurring patterns of our time, do not appear to me as simply the reflection of the development of socio-economic systems that constantly produce collapse: they are proving to be, spaces and indefinite forms that have, due to their incompleteness, a «becoming-other» that the design of the initial project had dedicated them.

This photographic series tries to imagine some «archeology» of our recent history affected by upheavals, both ideological, political, than economic. These «remnants» are not, however, not simply the stigmata of this recent history: I think they become because of their incompleteness, interstitial spaces of indeterminacy, conducive to a photographic quest, exploring the possibilities of a singular reinvestment of the world.

It is important to note that in this series, none of the titles of the photographs taken do mentions the place or the designation of the building photographed. Indeed, this poverty of titles information, seeks to confer on them de facto another function: to induce the viewer to question further on the identity of these constructions.

By initiating through this photographic series a conversion of the viewer’s gaze, I question the potential slipping of the identity of these singular forms, giving them a surreal dimension, making them reach to a plastic dimension, a sculpture to be.

The material specificity of the image is important. The prints greatness and the clearness of shootings, aim to accentuate the ambiguity of their status by amplifying the viewer immersion in the landscape and playing of the possible association of these unfinished infrastructures at Land-Art installations.

The subtlety of this photographic work, reside in the transition from one register to another within the same image, in the balance between «document» and «fiction», where various possible realities coexist.

Through this series I try therefore, to jointly reflect the contemporary history by the yardstick of these unfinished architectures, while invoking the viewer’s imagination so that there unfolds “a variant of the world”. Where these indefinite forms, between upcoming ruins and potential sculptures, are drawing the figure of a strange present, contemplating its own suspended space : a temporal interregnum between, an after the «disaster» and a revival of history that builds a new poetic area, over which hovers the specter of the end of a certain world.

1 «No finito» is an Italian term that literally translates as «not completed» and can be translated into an artistic context by «aesthetic of the unfinished». It designates unfinished sculptures by the artist, voluntarily or not.