ÉTAT DE POSSIBLES [2015]

Série de dessin, actuellement en cours de réalisation : 75 x 75 cm / Dessin au graphite sur papier

Series of drawing, work in progress: 75 x 75 cm / Graphite drawing on paper

Cette série de dessin État de possibles, est issue d’un projet photographique qui n’a pu voir le jour car censuré par «l’Etat» dans lequel je devais le réaliser. Mon projet était de réaliser une série photographique au sein du territoire de l’Abkhazie, prenant pour objet les sanatoriums, les « stations » inachevés de l’ère soviétique disséminés sur les côtes de la mer noire.

L’Abkhazie a fait sécession avec l’Etat de Géorgie auquel elle était rattachée, au cours d’une guerre civile en 1992-1993. Ce petit morceau de terre situé à cheval entre l’Europe et l’Asie, est un Etat autoproclamé, non reconnu, à l’intérieur d’un autre Etat. « Non-lieu », « no man’s land », c’est un « État » qui n’existe pas mais qui est pourtant bien là. : une entité suspendue dans un « état d’incertitude », dans un « état d’indétermination ».

Et c’est précisément cette conjonction de la réalité « indéterminée », « non qualifiée » de ces sanatoriums inachevés et de cet « État » qui m’intéressait. Malheureusement, le Ministère des Affaires Étrangères de la République de l’Abkhazie m’a expressément interdit, en refusant de me donner plus détails et sans retournement possible de leur décision, de réaliser ce projet photographique sur leur territoire sous peine d’avoir des problèmes avec les autorités locales.  

J’ai donc décidé d’intégré cette censure à mon travail en réalisant en dessin ces constructions inachevées aux formes étranges et monumentales propre au brutalisme, stigmates de notre histoire récente, mais que je ne pourrais jamais prendre en photo.

Dans ces dessins réalisés au graphite, j’incorpore ces squelettes de béton au sein de paysages « virtuels », filaires. Ces paysages « virtuels », ne sont pas choisis au hasard, ils correspondent à des territoires terrestres (prélèvés sur google earth) considérés comme « Terra Nullius ». L’expression latine « Terra nullius », désigne une terre sans maitre, une terre vide, une terre qui n’appartient à personne. À partir du XVIe siècle, cette locution désigne un territoire qu’aucun pays européen n’a encore revendiqué – et qui revient de droit au premier qui l’envahit..

La référence à un genre historique devient ici le point de départ d’une réflexion sur le territoire et ses modes d’occupation, à l’émergence de nouveaux territoires artistiques à construire, à s’approprier ou à redéfinir entre dystopie et utopie.