[2013]   À revers

Georgian Public Broadcasting, Tbilissi

Série de 4 photographies - Tirages pigmentaire - 90 x 60 cm

To reverse side

Georgian Public Broadcasting, Tbilissi

Series of 4 photographs - Pigment prints - 90 x60 cm

Dans cette série photographique, À revers, que j’ai débuté en Géorgie, et que je compte continuer au cours de mes prochains voyages, j’interroge plus particulièrement l’esthétique télévisuelle.

Cette recherche s’élabore à travers le prisme d’un regard sur le processus économique et sociétal de réappropriation et d’incorporation de l’art dans un « design process » caractéristique d’un travail systématique de stylisation des biens : mon intérêt se cristallisant ici sur le design des plateaux de télévision.

Cette série photographique de plateaux de télévision où toute présence humaine est bannie, aspire à tisser un lien entre documentaire et fiction en interrogeant plus avant l’identité de ces lieux, le plus souvent réduits à leur fonction spectaculaire.

En vidant ces espaces de leur fonctionnalité pour ne laisser que la structure du décor et créer une rupture dans la perception de leur usage, les faisant accéder à une dimension plastique, ma démarche vise à élaborer une perception alternative en questionnant les frontières esthétiques entre scénographie médiatique et sculpture contemporaine: je m’intéresse ainsi au dialogue entre sculpture contemporaine et design des plateaux de télévision.

Les studios de télévision m’apparaissent produire des formes qui semblent être des simulacres d’œuvres d’art, incarnations d’œuvres ou de fragments de sculptures contemporaines : chaque décor devient un ready-made inversé, une installation à revers. Je choisirai dans ce projet de photographier ces décors, de manière frontale, à la manière d’œuvres d’art, afin d’établir des connexions formelles avec l’art contemporain.

Le choix de réaliser de grands tirages de ces images mettra en relief les similitudes entres ces lieux et des installations d’art contemporain et accentueront l’ambigüité de leur statut. Glissant du registre documentaire, d’une dimension critique, à une dimension fictionnelle, ces clichés réinvestissent le monde en devenant le centre d’un questionnement dans lequel l’image ne se trouve pas là où on l’attend.

Je tente ainsi de provoquer une conversion du regard, une «une traversée du miroir»: d’une forme d’évidence perceptive du réel à sa construction mentale la plus labile, son revers.

1 Concept développé dans le livre de  Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, L’ esthétisation du monde. Vivre à l’âge du capitalisme artiste, chez Gallimard, 2013.

In this photographic series, A revers, that I started in Georgia, and I intend to continue in my future trips, I specifically questioned the television aesthetics.

This research develops through the prism of a gaze on the economic and societal process of reappropriation and incorporation of art into a «design process» feature of a systematic stylization of goods: my interest crystallizing itself here on the design of TV studios.

This photographic series of TV studios, where human presence is banished, aspires to forge a link between documentary and fiction, by questioning further the identity of these places, most of the time reduced to their spectacular function.

By emptying these spaces of their functionality to leave only the decor structure and create a rupture in the perception of their use, doing them access at a plastic dimension, my approach aims to develop an alternative perception by questioning the aesthetic boundaries between media scenography and contemporary sculpture: thus, I am interested in the dialogue between contemporary sculpture and design of TV studios.

TV studios appear to me to produce forms that seem to be simulacrums of art works, incarnations of works or fragments of contemporary sculpture: in a troubling way, it seems to me that each of these spaces becomes a reversed readymade, a installation to reverse side. I choose this project to photograph these decors, frontally, like artworks, to establish formal links with contemporary art.

The choice to make large prints of these images will highlight the similarities between these places and contemporary art installations, and will accentuate the ambiguity of their status. Sliding of the documentary register, a critical dimension to a fictional dimension, these pictures are reinvesting the world by becoming the center of an questioning in which the image is not there where you would expect.

I try thus to cause conversion of the gaze, a «crossing the mirror»: from one form perceptual obviousness of reality, to its most labile mental construction, its reverse side.